Pour débuter

C’est bien beau de préconiser d’intégrer l’usage d’outils numériques avec les élèves mais:

  • Par où commencer ?
  • Comment on fait ?
  • Quels avantages ?
  • Quels défis ?
  • Qu’est-ce que ça change dans la façon d’enseigner ?
  • Qu’en disent les chercheurs ?
  • …etc…

Il est important d’avoir ces réflexions avant de mettre ces outils dans les mains des enfants. Je collabore depuis quelques années avec l’organisme API-O pour former les enseignants. Nous en parlerons le 7 mai, informations complètes en suivant ce lien. 

 

Formation ApiO

Les obstacles au changement ? (vu par les profs)

Cette question est généralement débattue lors des congrès sur l’intégration du numérique (cf association canadienne d’éducation notamment). Dernièrement, lors d’une formation de professeurs (une vingtaine de profs exerçant dans des établissements  associés au réseau français AEFE en Amérique du Nord, nous (mon collègue Charles Romero et moi) leur avons demandé quels étaient selon eux les obstacles à l’intégration du numérique dans leurs établissements.

NOTE TRÈS IMPORTANTE: Les écoles dans lesquelles enseignent ces enseignants sont privées et très souvent très bien équipées en matériel informatique.

Voici donc leurs réponses, cette consultation n’a pas vocation a être exhaustive et scientifique mais est toutefois intéressante. Voici le résultat sous forme de nuage de mots (Wordle). La collecte s’est faite à partir d’un formulaire google.

obstacles1

Voici mes commentaires:

  •  Le temps: OUI, intégrer et connaître les outils numériques est chronophage, extrêmement chronophage… au début… Après, on transfère facilement. Cf modèle ASPID de Thierry Karsenti 
    aspid-TBien souvent, on est pressé et pour aller à l’essentiel ou ce que l’on perçoit comme tel, on utilise la situation d’apprentissage habituelle et les supports connus
  • La formation: OUI, PLUS QUE JAMAIS. Il n’est pas aisé d’être formé, déformé, transformé et quand on a la chance de l’être, il faut mettre en pratique rapidement ce que l’on a appris. Le retour en classe est brutal et les habitudes reviennent au galop ! Cf article sur le RAP (Réseau d’Apprentissage Personnel) .Il ne faut pas avoir la pensée magique et penser que ces changements vont s’opérer facilement.

  • Administration: Oui, cela existe des directions d’établissements qui font des choix inopérants et qui ensuite imposent à leurs enseignants de les utiliser quand même, souvent pour justifier l’ampleur du mauvais investissement…
  • Argent, manque de matériel: C’est le nerf de la guerre souvent car l’obsolescence plus ou moins programmée du matériel est une vache à lait pour les Cies informatique. Le temps de se former à une nouvelle technologie, une autre la remplace. La seule solution est donc de se former en continu pour pouvoir s’adapter rapidement. Le système, on me forme et j’applique pendant les 15 prochaines années ne fonctionne plus.
  • Programmes: Oui ! Les programmes (français notamment ) sont démentiels et répétitifs. On apprend par couches successives. En tous cas, c’est un excellent argument pour qui veut justifier ses pratiques pédagogiques actuelles.
  • La peur: Oui ! C’est à mon sens un des principaux obstacles. Changer de travail, changer d’établissement, de niveau enseigné, de vie, de ville, etc… Alors changer de façon d’enseigner, ce n’est pas facile car il va falloir revoir ses pratiques, les ré-évaluer, les remettre en perspective par rapport aux attentes des élèves (je n’ose employer le mot client) mais quelque part, le milieu de l’éducation est un monde dans lequel on se soucie assez peu des besoins des clients… Ils doivent s’adapter à nous et pas assez l’inverse.
    estrada
  • La paresse, la volonté: Ce n’est pas moi qui le dit mais oui, ça existe. Paresse de se pencher sur la question même quand on sait que les stratégies d’apprentissage que l’on propose aux élèves nous auraient « barbé » quand nous usions nos fonds de culotte sur les bancs de l’école. Paresse d’inventer d’autres pratiques ou du moins d’essayer. Comment ?
    En s’appuyant sur des travaux de chercheurs ?
    En lisant des ouvrages de pédagogie ?
    En allant voir ce qui se passe dans la classe d’à côté ?
    En allant visiter d’autres établissements ?
    En cherchant de l’information sur Twitter ? Sur des réseaux sociaux de profs impliqués ?
    Combien d’enseignants lisent au moins un ouvrage de pédagogie ou une recherche pédagogique chaque année ? Je ferai un petit sondage lors de la prochaine formation :-).

    Marc-André Girard, blogueur et conférencier avait publié ceci lors du début de sa présentation au sommet Ipad de Montréal 2015.
    D5F3D0BC-9FAD-4BF7-BD3D-F301C6D81BB0Le moins que l’on puisse dire, c’est que ça produit l’effet recherché. Les réponses à ces questions embarrassent parfois.

    En attendant, je retourne à ma lecture des fêtes. Merci à @P_gagnon
    d’avoir attiré mon attention vers cette lecture.

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75 % et les 17 restants

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Dans son blogue, en 2013 sur L’ipad à l’école, usages, avantages et défis, Thierry Karsenti avait relevé 3 grandes catégories d’enseignant(e)s. Tout classement est évidemment un peu caricatural et ces catégories auraient probablement gagné à être plus élastique.

Pour mémoire, les voici: 

  • « les enseignants technophiles pour qui les technologies sont la réponse à tous les défis rencontrés en contexte scolaire.
  • les enseignants techno-réfléchis, ce sont des personnes qui ont compris que les technologies sont à l’école non pas pour permettre aux élèves de s’amuser, mais bien pour apprendre… Fini le temps où l’on peut aller « jouer » à l’ordinateur parce que son travail de français ou d’histoire est terminé.
  • les enseignants technophobes qui pensent que les technologies n’ont pas leur place à l’école, et qu’il est encore possible d’apprendre sans les technologies »

Évidemment, les missions de l’école sont restées les mêmes (T.Karsenti)  « L’école est toujours là pour instruire, socialiser et qualifier . J’ajouterais au dernier verbe qualifier, la plupart du temps pour des métiers qui n’existent pas nécessairement encore… 

J’aimerais croiser ces 3 catégories à la réalité d’un plan d’implantation Ipad 1:1 vécu dans mon établissement depuis 2011.

Aperçu rapide du plan de déploiement comme celui-là (an 1, équipement des profs, an 2: équipement des élèves d’un niveau du primaire, an 3 : élèves de 2 niveaux, etc…)

  1.  Il y a nécessairement une poussée quasi-hormonale d’optimisme technopédagogique ! Enfin, ça bouge ! Enfin, on commence à faire vaciller le mammouth !  Les technophiles veulent en découdre , chacun veut convaincre, voir du positif un peu partout sans avoir nécessairement l’esprit critique nécessaire. Il faut se méfier de ce « positivisme crétin » même si j’ai moi-même participé au phénomène, je le reconnais aisément. Fort heureusement,  les choses se tassent généralement assez vite et les technophiles reviennent à des intentions moins positives à tous crins. (cf la rime avec crétin)
  2. Les technophiles fusionnent donc assez rapidement avec les techno-réfléchis. Confrontés à la réalité du terrain, des ajustements sont nécessaires (chartes d’utilisation, gestion du déploiement, gestion de classe, aménagement des locaux, organisation de la classe, …).  L’effet est positif car une partie des enseignants attendaient de voir avant de s’impliquer. Petit à petit, ils observent les usages évoluer et commencent sérieusement à imaginer utiliser le numérique dans leurs classes mais comment ? Parfois, la réalité d’enseigner le lendemain revient au galop et il est plus rapide de reprendre ses vieilles pantoufles devant l’urgence de se présenter devant des élèves que d’en tricoter de nouvelles… Dans ce cas, l’utilisation du numérique se limite presque uniquement à l’utilisation du manuel numérique.
  3. Les technophobes de la première heure ont une position très inconfortable. Ils voient leurs collègues, départements par départements (maths, sciences, français, etc…) utiliser des outils numériques dans leurs cours et voient que ce n’est plus une alternative pour eux. La position qu’ils pensaient pouvoir tenir est intenable,  ils ont le sentiment de perdre une partie de leur expertise pédagogique, ils se comparent et ne se consolent pas toujours… Ils ont accumulé du retard, ont des problèmes personnels avec l’électronique et ne le maîtrisent pas, ne le comprennent pas. Il est même envisagé par certain(e)s de faire venir un chaman pour exorciser leurs appareils qui leur font tant de misères… C’est la panique et les ressources humaines pour les accompagner dans ce tournant majeur ne sont pas là.
  4. Et le dernier 17 % me direz-vous ? Je ne suis pas très bon en maths moi non plus et je ne sais pas trop où les mettre 🙂

    75--bons-eleves-maths

    CONCLUSIONS:

  • Pour paraphraser un ancien ministre de l’éducation français, on est tous d’accord là-dessus mais on a bien du mal à transformer ces intentions en essais.

« L’avenir de l’école ne s’écrit pas à la craie » (Luc Chatel, 25 novembre 2010)

  • Pour former, déformer, transformer des pratiques pédagogiques vieilles comme les robes de ma grand-mère, il faut plus que de la pensée magique. C’est considérable comme changement au quotidien que de faire classe avec des outils numériques et d’en exploiter « la substantifique moelle » *

    * LA définition ci-dessous provient de Wikipédia
    Extraire « la substantifique moelle » de quelque chose, c’est en retenir ce qu’il y a de meilleur, de plus précieux ou de plus profond.

 

 

L’effet multiplicateur

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Cela fait déjà un moment que je voulais écrire sur le sujet mais sans trouver le temps ni l’entrée satisfaisante.

En lisant cet article de Marc-André Girard, « La querelle des anciens et des modernes », je me suis dit que je pourrais partager mes expériences sur sa conclusion.

« Si le virage moderne en éducation n’est qu’une question de temps et les résistants n’auront d’autre choix que de plier contre leur gré à défaut d’en reconnaître eux-mêmes la pertinence, la question demeure la suivante : comment pouvons-nous exercer notre leadership pour éviter cette cassure et être à l’avant-plan pour convaincre les enseignants d’épouser, à leur propre vitesse, les impératifs que nous dictent la société ? Par l’action et par la modélisation en laissant goûter aux enseignants originalement réfractaires, les plaisirs des nouvelles pédagogiques. L’effet multiplicateur, vous connaissez ? Il est temps de le déployer à sa force maximale. »

Je m’implique régulièrement dans la formation continue des professeurs du réseau AEFE en Amérique du Nord avec mon collègue Charles Romero. Depuis trois ans maintenant, les formations en technopédagogie que nous animons ne sont plus réservées à un public particulier (profs de français, de maths, ou de sciences, …) ou à un public ciblé (cycle 2 ou 3 du primaire, profs de collèges, etc…) mais ouverts à tous et toutes. On y retrouve donc pendant 3 jours des professeurs de la maternelle à la terminale, des enseignants français, canadiens, américains, des responsables de département, des conseillers pédagogiques, etc…

Le système français est très cloisonné. Les interactions professionnelles se font entre profs d’un même cycle, d’une même matière ou pire d’un même niveau universitaire (guéguerre agrégés, certifiés, pegc, etc…).

Et puis là, tout à coup autour de l’intégration du numérique on parle de pédagogie, de différenciation, de créativité, d’implication des élèves, de travail cooollaboratif,  de rendre l’école plus proche de la vie, de favoriser l’action/passivité, de développer l’esprit critique, d’exploiter le potentiel individuel de chacun et de ne pas prendre comme critère unique la date de conception des élèves.

franklin

On parle de pratiques pédagogiques, on échange sur des usages pédagogiques que chacun et chacune adaptera à sa matière, son niveau enseigné. On échange autour de la façon de rester en lien avec le monde qui nous entoure en travaillant avec les outils et les nouvelles possibilités.

estrada

Et ça marche !!! On se régale, on travaille fort, on a des échanges de qualité, du partage professionnel et  chacun retourne  dans son école avec l’envie de changer des choses dans ses pratiques.

Alors, oui, l’effet multiplicateur, j’y crois !

einstein

 

Phoetic: nuages de mots dans une image

Une autre application superbe : PHOETIC. Je m’en sers principalement pour illustrer mes cours sur ChallengeU en ce moment:

On peut aussi créer des nuages de mots à partir d’un formulaire  google et intégrer les mots relevés dans une forme correspondant à l’objet du formulaire.

Voici un exemple réalisé en formation de profs. J’avais invité les collègues à répondre à la question : Quels sont selon vous les obstacles à l’intégration des TICE en éducation à partir de ce formulaire. Puis, j’avais récupéré les réponses dans ce formulaire .

Enfin, dans CC search, j’ai cherché une image libre de droits représentant le mot OBSTACLES .

rock

J’ai rentré les différents documents dans l’application PHOETIC et j’ai fusionné ces données pour obtenir ceci.

 

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Photospeak

Voici une bien belle application, qui plus est gratuite, ce qui n’enlève rien !

photospeak

Le principe est simple : comme son nom l’indique, on choisit une photo (pensez CC search, c’est à dire libre de droits), placez-y des yeux et une bouche et prêtez votre propre voix au personnage (voix transformable). On peut aussi ajouter quelques accessoires, lunettes, cheveux, bonnets, …

Voici plusieurs exemples:

  1. Le premier a été réalisé par moi. Il présente une célèbre citation de Francis Blanche que j’utilise souvent lors des animations de profs et directions d’école.
  2. Le second par une élève de 6ème année Yara ,qui devait présenter à la demande de sa professeur d’histoire-Géographie Caroline Marion, un personnage célèbre grec: Euclide.
    https://youtu.be/z6fgTNEce0g
  3. Le 3ème a été réalisé par Adam, même consigne.
    https://youtu.be/CbYHFFq-xoI
  4. Le 4ème par un élève Andrew, qui nous présente Héron d’Alexandrie.
  5. Tutoriel VIDÉO et idées d’utilisation
    http://www.youtube.com/watch?v=xhY1btdk_bE

Application LEGEND

Une application bien simple mais qui peut être utile pour animer un texte. On choisit son texte, on ajoute une image en fond, on choisit le type de police et la couleur d’écriture voulues et le tour est joué. Ça s’exporte en gif ou en mov dans la pellicule mais aussi directement sur les réseaux sociaux.

Personnellement, je l’utilise :

  • pour envoyer des messages personnalisés aux élèves (encouragements)
  • pour notifier les défis aux élèves.
  • pour créer des gifs animés ou pour des bandes annonces de films ou de leçons (classe inversée)
  • Pour des titres de cours en ligne ou sur Twittergoogling
  • Pour des posts sur Twitter (MErci Charles Romero !)
    charles

legend
Bringing New Life To Your Text

Merci @sebastienwart
http://www.edulogia.com/transformer-vos-textes-en-superbes-animations/